Les Suisses à la conquête des Alpes
Février 2010, par

Le nombre d’acheteurs étrangers a baissé dans les villages de montagne huppés. Mais de plus en plus de Suisses acquièrent une résidence secondaire en altitude, surtout dans les stations familiales où les prix restent accessibles. Tour d’horizon d’un marché contrasté.
Pour beaucoup d’adeptes de la montagne, posséder un pied-à-terre ou une résidence luxueuse en altitude est un pur bonheur. Espace cocooning en hiver à quelques pas des pistes de ski, ou bulle de fraîcheur à l’écart des villes pendant la saison estivale, ce genre de bien améliore considérablement la qualité de vie de ses propriétaires. Mais ce n’est pas son seul avantage. Le marché immobilier alpin a prouvé ces dernières décennies qu’il reste relativement stable, ce qui rend l’investissement sûr. «Après une période de cinq ans, la plupart des propriétaires qui revendent leur bien parviennent à récupérer leur frais d’achat (droit de mutation, frais de registre foncier, frais de notaire, frais de courtage). Ils ont donc joui d’une résidence secondaire en montagne gratuitement pendant plusieurs années», observe Olivier Raemy, directeur d’Immo-Consultant à Sion et secrétaire de l’Union suisse des professionnels de l’immobilier USPI Valais. Selon ce spécialiste, la situation globale du marché est excellente. La preuve ? Le nombre d’objets à vendre ne couvrent généralement pas la demande et de gros projets immobiliers fleurissent dans plusieurs stations valaisannes, comme à Nendaz, Aminona ou Hérémence, ce qui aura pour effet d’étoffer l’offre ces prochaines années.
Un marché en mutation

Si le marché immobilier n’est pas directement affecté par la crise économique, il a par contre entamé une phase de mutation depuis l’entrée en vigueur, en 2007, du nouveau système d’attributions de contingents pour la vente de logements aux étrangers. Nendaz, par exemple, a connu en 2004 une forte croissance liée à l’intérêt de la clientèle anglophone cherchant un bon rapport qualité prix pour une résidence secondaire. Mais cette dernière a quasiment disparu depuis 2008. La faute à la livre sterling qui a perdu environ 30% de sa valeur et donc fait baisser le pouvoir d’achat des Britanniques. Mais surtout à cause de la nouvelle directive cantonale d’application de la Lex Koller qui valorise les lits marchands (ou chauds) et qui régule fortement la vente aux étrangers.
Néanmoins, si les ventes aux étrangers ont fortement baissé, le phénomène est partiellement compensé par l’intérêt croissant d’une clientèle suisse ou étrangère, mais établie en Suisse depuis plusieurs année et détentrice d’un permis B. «A Nendaz, une clientèle suisse aisée, principalement genevoise, profite du fait que les prix sont trois à quatre fois moins élevé qu’à Verbier, pour le même domaine skiable», explique Jean Follonier, directeur de Alp Real Estate SA. Selon lui, leur achat n’est pas spéculatif. Les propriétaires sont des passionnés de montagne qui viennent régulièrement les week-ends et qui envisagent de s’y établir définitivement pour leur retraite. «En investissant des sommes importantes, plusieurs millions, mais qui restent raisonnables par rapport à d’autres stations, ils parviennent à construire des chalets tout à fait exceptionnels: entre 500 et 1’000 mètres carrés de surface habitable, une piscine intérieure chauffée et un jacuzzi », détaille l’agent immobilier. Mais la station qui compte de nombreuses promotions en PPE séduit également les Suisses qui ne disposent que d’un budget moyen, entre 300’000 et 700′000 francs, pour une résidence secondaire.
Les suisses investissent
Cette catégorie d’acheteurs se manifeste de plus en plus dans les stations vaudoises et valaisannes dites familiales. Selon le secrétaire de l’Union suisse des professionnels de l’immobilier USPI Valais Olivier Raemy, le marché est saturé à Anzère, la demande est très forte à Zinal ou aux Mayens d’Arbaz. «La crise a eu un effet positif, dans le sens où les Suisses sortent leur capital pour investir dans la pierre. Il ne s’agit pas uniquement de gens fortunés, mais également de petits et moyens épargnants», analyse le spécialiste. La plupart d’entre eux optent pour des appartements de deux à trois pièces, dans des régions calmes et à proximité des pistes de ski. «Les studios n’ont plus tellement la cote, par rapport aux années huitante. Les familles ne voient pas l’intérêt de ne posséder qu’un petit pied-à-terre. Ils cherchent un certain confort, parce qu’ils profitent volontiers de leur bien tout au long de l’année», précise Olivier Raemy.
Cette croissance de la demande n’a pas encore engendré de hausse des prix significative. «Les flambées sont rares dans ce genre de station-là, et les bonnes affaires sont encore possibles», confirme le secrétaire de l’USPI Valais. Pour autant que ces régions correspondent aux attentes des propriétaires en matière de services disponibles dans la station ou de qualité du domaine skiable, investir dans un objet en altitude pourrait être une excellente résolution pour 2010.
L’aura éternelle des stations huppées
Reste que dans certains villages où les prix sont nettement plus élevés, le marché est ralenti. Villars-sur-Ollon, la station vaudoise la plus cotée, a enregistré 25 % de transactions en moins depuis fin 2008. «Les prix ne sont pas affectés, mais la clientèle a tendance à discuter les prix à la baisse», note Patricia Cantryn, propriétaire de l’agence qui porte son nom. Très présente dans cette station, la clientèle suisse cherche des biens attractifs mais n’est pas attirée par le luxe. Les objets haut de gamme sont l’apanage des Russes et des Européens à la recherche de biens d’exception dans un village qui vit toute l’année, grâce aux collèges internationaux. D’ailleurs, plusieurs clients aisés y acquièrent un appartement pour avoir un pied-à-terre près de leurs enfants en formation pendant près de six ans. Et certains anciens élèves reviennent s’y établir à l’âge adulte. C’est le cas notamment du pilote de Formule 1 Jacques Villeneuve. A Verbier, le marché connaît une période de léthargie, mais les prix restent stables. «Il n’y a pas de vendeur et peu d’acheteurs. Cette situation s’explique par la crise et par le choix restreint d’objets à la revente. Mais aussi par le fait que des clients potentiels attendent avant de se décider pour une propriété, parce qu’ils pensent que les prix vont baisser», analyse André Guinnard, fondateur de l’agence immobilière du même nom.
Excepté le projet immobilier Les Trois Rocs qui prévoit la construction d’un complexe hôtelier et résidentiel de près de 900 lits au cœur du village, les nouveaux objets sont rarissimes. Les promoteurs se concentrent sur la rénovation du parc immobilier vieillissant. «Une hausse des prix est donc attendue dans les reventes d’appartements ces prochaines années», prédit André Guinnard. Malgré les prix exorbitants du mètre carré, entre 16′000 et 35′000 francs, le nombre de clients suisses a également augmenté depuis l’introduction des contingents qui limitent le nombre d’acheteurs étrangers à 99 par année. «Les acheteurs suisses croient souvent qu’ils peuvent obtenir des rabais, mais ils n’en auront pas. Ils ont tendance à chercher par le bouche-à-oreille. Certaines transactions se font entre propriétaires », poursuit ce fin connaisseur du marché bagnard. Pour lui, comme pour tous les amoureux de ce nid d’aigle panoramique, Verbier n’est pas à vendre, « parce qu’ici, la plupart de ceux qui ont construit ou acheté un bien l’ont fait pour leur propre plaisir, et non pour investir ou spéculer». Pas étonnant donc que la station compte, parmi ses propriétaires privilégiés, des stars du showbiz et de la finance. Si certaines préfèrent rester discrètes, d’autres s’affichent volontiers dans les bars et les clubs branchés, comme le milliardaire Richard Branson ou le chanteur James Blunt qui est devenu le parrain d’une remontée mécanique en 2006, suivant les traces de la chanteuse Diana Ross, elle aussi marraine depuis 1998.

